Lettre d'information Fédération 39 77 contre les maltraitances- Novembre 2020



 Lettre d’information Fédération 3977 contre les maltraitances– Novembre 2020 

Du côté de la Fédération


 Covid-19 : accélérateur de maltraitances 

Dès le début de l’épidémie, la Fédération de lutte contre les maltraitances a poursuivi ses activités, tant à la plateforme 3977 que dans ses centres, dans des conditions contraintes, en évitant les réunions « physiques », par concertation au téléphone ou par visioconférence, en nous remplaçant, en nous appuyant les uns sur les autres : ainsi, nous pouvons témoigner des faits de maltraitances signalés pendant ce confinement et de ses suites.

 Maltraitances au domicile : sans surprise 

La poussée des maltraitances d’origine familiale, à domicile (+ 16% des dossiers ouverts par la Fédération pendant le premier confinement) ne nous a pas surpris : La combinaison d’un enfermement prolongé, d’un environnement matériel rétréci et parfois peu confortable, la présence « active » d’un proche agressif ou mal intentionné, souvent pour des raisons anciennes, bonnes ou mauvaises, la tolérance de l’entourage et des témoins, constituent autant de facteurs favorables aux situations de maltraitance. Occasion de rappeler que ces situations, même si elles mettent en cause une personne, procèdent souvent de multiples facteurs, sur lesquels il faut aussi agir. 

Maltraitances en établissement : du mal à les nommer 

Le mot « maltraitance » était absent de la parole publique, depuis le début de l’épidémie, s’agissant des personnes vulnérables, enfermées dans des établissements, coupées du monde extérieur, de leurs familles, manquant même parfois des soins usuels, alors qu’il a bien été question, à juste titre, des enfants maltraités et des violences faites aux femmes. Il ne s’agit pas de nier la gravité du risque infectieux qui nous menace, à un moment où la reprise de l’épidémie parait déborder les barrières (avec ou sans gestes…). Mais la relégation des autres aspects de la santé des personnes vulnérables, la priorité exclusive accordée au virus, chez des personnes fragiles, dont la vie relationnelle, même restreinte, est ce qui les tient encore en vie, nous ont sidérés. Des priorités de santé publique, justifiées au niveau populationnel, doivent être déclinées au cas par cas chez des personnes vulnérables, pour lesquelles le risque infectieux est loin d’être exclusif : ce questionnement éthique des meilleures réponses à proposer à chacune de ces personnes, il nous faut l’approfondir et mieux le porter.

 Mieux identifier les maltraitances institutionnelles

 Enfin, les résistances à expliquer de nombreuses situations de maltraitances dans cette période, notamment en établissement, par des insuffisances de moyens, d’organisation ou de pilotage, autrement dit les maltraitances « institutionnelles », nous interrogent. Ce facteur de maltraitance est actuellement absent des classifications internationales ; il soulève, on le comprend, des réticences du côté des responsables institutionnels, à différents niveaux, qu’il met en cause ; il est plus difficile à caractériser, habitués que nous sommes à des situations où les responsabilités sont exclusivement individuelles. Ces maltraitances institutionnelles concernent toujours de multiples victimes, même si nous ne sommes saisis que pour une seule : le périmètre de leur impact doit être exploré. Surtout, leur compréhension implique d’analyser les ressources, l’organisation et le management de l’établissement, ce que nous ne pouvons faire qu’avec les responsables concernés. C’est aussi avec eux qu’il faut chercher des solutions. 

Dans l’actualité

 Confinement : la Fédération au rendez vous

 La décision d’un confinement aménagé prise par le gouvernement n’a pas pris la Fédération 3977 au dépourvu. Comme lors de l’épisode précédent, nous sommes convenus d’assurer sans délais une continuité des réponses aux appels reçus à la plateforme 3977, où les écoutants vont se relayer. Les centres de la Fédération, chacun dans son ou ses départements, s’organisent pour mettre en place le relai des écoutes, l’analyse des situations et l’accompagnement des appelants pour chercher ensemble des solutions pour faire cesser les maltraitances. La dérogation accordée par le Ministère des Solidarités et de la Santé, permettant aux bénévoles de poursuivre chaque fois que possible les séances de travail en commun, dans le respect des gestes barrière et des conditions de sécurité requises, nous aide beaucoup ; elle nous honore par la reconnaissance qu’elle traduit du rôle de nos bénévoles, mais elle nous donne aussi, dans le même temps, la mesure de notre responsabilité. Pour joindre la plateforme : appelez le 3977 ou adresser un mail à 3977@3977contrelamaltraitance.org.

 Commission Nationale de promotion de la Bientraitance et de lutte contre les Maltraitances 

La Fédération de lutte contre les maltraitances est très investie dans les travaux de cette commission qui portent actuellement sur une nouvelle classification des maltraitances. Une synthèse de ces travaux doit être présentée le 13 novembre prochain au Ministère des Solidarités et de la Santé. Un point essentiel pour nous est de faire reconnaitre que dans certaines situations de maltraitances, notamment dans les établissements de santé et médico-sociaux, la responsabilité des faits ne peut être limitée à celle des professionnels individuellement mis en cause : les ressources humaines disponibles, dans leur nombre et leur qualification, l’organisation de leur travail, le management ou les directives dont ils sont l’objet doivent être pris en compte : ces maltraitance organisationnelles (ou institutionnelles) doivent être reconnues. 

Confinement : et encore

Le confinement de notre société a donc repris, sous une forme aménagée. La Fédération ne peut que se satisfaire de la prise de conscience des maltraitances subies par les résidents en Ehpad lors du premier confinement, confrontés à un isolement parfois plus délétère que le risque viral, isolés de leurs proches au-delà du raisonnable, et placés dans des conditions de fin de vie parfois indignes. Le maintien des visites, même réduites, est positif. Cette prise de conscience encourage à rechercher des conditions de vie plus acceptables pour ces résidents : Nous savons que les établissements médicosociaux et leurs professionnels y sont résolus. La Fédération appelle aussi à une vigilance accrue au domicile des personnes vulnérables, de la part des aidants et des professionnels, compte tenu de la hausse observée des maltraitances dans ce contexte lors du premier confinement. Elle rappelle enfin que les personnes en situation de handicap ont, elle aussi, été particulièrement touchées par cette vague de maltraitances. 

Maltraitances : aider les aidants à les prévenir

Le Credoc vient de diffuser les résultats préliminaires d’une enquête récente* auprès de plus de 3000 proches-aidants. Une part importante d’entre eux sont placés dans une situation de conflit avec la personne aidée (13%), avec les autres aidants (6%) ou avec les deux (23%). Ces conflits portent sur les prises de décision, la place des uns et des autres, l’entrée éventuelle en établissement, le recours et les modalités d’une aide professionnelle. L’enquête souligne aussi le sentiment de sacrifice, et de manque de temps dont se plaignent les proches aidants. La Fédération, et en particulier ses centres, sont quotidiennement confrontés à ces situations, qui peuvent conduire à des maltraitances, en règle générale involontaires. Elle souligne le bien-fondé d’une analyse de la charge supportée par ces proches aidants, l’importance de proposer en temps utile une aide professionnelle adaptée, et la nécessité de sensibiliser les intéressés au risque de maltraitance, et aux modalités de leur prévention.

 Les EHPAD au temps du Covid : saison 2 

Une revue professionnelle du champ médico-social* tire déjà la sonnette d’alarme avec la montée de la deuxième vague de l’épidémie à Covid-19. Le constat est double : d’une part, dans le domaine professionnel, l’épuisement et les difficultés à recruter dominent ; d’autre part, du côté des familles, les demandes de visites augmentent fortement, avec des difficultés pour les équipes à les organiser. La Fédération est particulièrement sensible à cette situation qui dans la période actuelle, favorise sensiblement les maltraitances d’origine institutionnelle. Et on voit bien sur cet exemple qu’il ne s’agit pas de mettre en cause personnellement les professionnels ou les responsables d’établissement, mais que, au contraire, il s’agit bien d’une origine systémique des maltraitances, partant des difficultés à recruter et à former efficacement des professionnels en leur proposant un statut et une rémunération médiocres, jusqu’à une organisation qui rend plus ou moins difficile les quelques contacts sociaux qui sont encore possibles pour les résidents. * CREDOC Consommation et modes de vie N° 314 octobre 2020 *Le Mensuel des Maisons de Retraite n° 234 – 2020 _________________________________________

*CREDOC Consommation et modes de vie N° 314 octobre 2020 

*Le Mensuel des Maisons de Retraite n° 234 – 2020 _____________________________________________ 

Mentions / 3977 Lettre d’information Fédération 3977 contre les maltraitances 163 rue de Charenton – 75012 Paris Directeur de publication : Pierre Czernichow Graphisme : RESI Reproduction interdite sans autorisation © Novembre 2020 -Fédération 3977

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